Joby Aviation et Virgin Atlantic lancent un service de taxi aérien électrique au Royaume-Uni, avec des liaisons rapides et zéro émission.
Joby Aviation annonce un partenariat stratégique avec Virgin Atlantic pour introduire son service de taxi aérien électrique au Royaume-Uni. L’objectif est de proposer des liaisons rapides, silencieuses et sans émissions de CO₂ entre aéroports et centres urbains, notamment depuis Heathrow et Manchester. Ces trajets, d’environ 100 miles (160 km) maximum, seront comparables en tarif aux services de VTC haut de gamme. L’aéronef de Joby, à décollage et atterrissage vertical (VTOL), transporte un pilote et 4 passagers à 320 km/h, avec un temps de vol réduit de 80 à 8 minutes pour certaines liaisons. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie de mobilité urbaine aérienne (UAM) et repose sur une infrastructure dédiée de vertiports, actuellement en phase de développement.
Un partenariat stratégique : enjeux industriels et logiques de réseau
Le partenariat entre Joby Aviation et Virgin Atlantic s’inscrit dans une logique industrielle claire : accélérer le déploiement des taxis aériens électriques dans un marché européen où les infrastructures ferroviaires sont saturées et les trajets interurbains souvent longs. Avec 49 % de participation de Delta Air Lines dans Virgin Atlantic, le projet s’aligne également sur un modèle de réseau transatlantique cohérent.
Le marché des aéronefs électriques à décollage vertical (eVTOL) est en forte croissance. D’après une étude de Morgan Stanley, il pourrait atteindre 1 000 milliards d’euros d’ici 2040. Le Royaume-Uni, avec son réseau urbain dense et ses hubs aéroportuaires concentrés, constitue un terrain pertinent pour ce type de mobilité.
En ajoutant Joby au catalogue de services disponibles via l’application Virgin Atlantic, la compagnie aérienne intègre cette offre dans une logique de connectivité complète porte-à-porte, anticipant ainsi une réorganisation profonde du modèle de transport multimodal. Le temps de trajet entre Heathrow et Canary Wharf, aujourd’hui estimé à 80 minutes en voiture, passerait à 8 minutes en vol, réduisant la pression sur les axes routiers tout en améliorant la ponctualité du transport aérien long-courrier.

Technologie eVTOL : conception, performances et avantages environnementaux
L’appareil développé par Joby repose sur une configuration à six rotors basculants, combinant décollage vertical et vol en translation à haute vitesse. Il peut transporter jusqu’à 4 passagers plus un pilote, à une vitesse de croisière de 320 km/h, pour une autonomie opérationnelle de 160 km.
Les émissions locales sont nulles grâce à une propulsion 100 % électrique. L’impact sonore est également réduit : selon les données de Joby, le niveau sonore en vol serait de 65 dBA à 100 mètres, soit deux fois moins bruyant qu’un hélicoptère standard (environ 85 dBA). Cette réduction du bruit constitue un critère central pour une acceptabilité urbaine, notamment dans des zones sensibles comme Londres.
La maintenance des eVTOL est également simplifiée : absence de carburant fossile, réduction du nombre de pièces mobiles, et durée de vie estimée supérieure à 20 000 heures de vol. Ces éléments contribuent à abaisser le coût opérationnel à long terme, un facteur stratégique pour la viabilité du modèle économique.
Accessibilité tarifaire et modèles économiques comparés
Joby annonce des tarifs similaires aux services de VTC premium, soit environ 60 à 80 € par trajet court (équivalent à 52 à 70 GBP). À titre de comparaison, un trajet Heathrow–Canary Wharf en VTC coûte actuellement 65 à 100 €, mais prend 1 h 20 en heure de pointe. Le gain de temps devient donc un levier d’acceptabilité commerciale, même avec un prix identique ou légèrement supérieur.
L’intérêt réside dans l’intégration tarifaire avec les compagnies aériennes : les passagers Virgin Atlantic pourraient, à terme, réserver leur transfert eVTOL au moment de l’achat de leur billet d’avion, créant un produit combiné attractif pour les voyageurs d’affaires ou à haut pouvoir d’achat.
Les premières phases de déploiement viseront une densification progressive des vertiports. Chaque installation nécessite environ 400 à 500 m² au sol, un investissement de 2 à 3 millions d’euros par site, incluant la connexion au réseau électrique, les systèmes de recharge rapide et les procédures d’atterrissage certifiées. La rentabilité repose donc sur des volumes élevés de rotation, avec un appareil capable d’effectuer jusqu’à 20 vols par jour selon les plans opérationnels de Joby.
Conséquences pour le marché du transport et implications structurelles
Le lancement de ces taxis aériens soulève des questions stratégiques sur l’organisation du transport urbain. Si le segment aérien intra-urbain se développe, il pourrait réduire la dépendance aux infrastructures routières, tout en mettant sous pression les modèles économiques des VTC, trains régionaux ou autocars.
La construction d’un réseau de vertiports pourrait également modifier les schémas d’aménagement urbain, en valorisant certains secteurs périphériques et en facilitant la création de zones de transit intermodal. À court terme, cela pose aussi des défis réglementaires : certification CAA, gestion du trafic aérien à basse altitude, interopérabilité des réseaux électriques, etc.
Enfin, l’impact écologique doit être observé avec prudence. Si les eVTOL ne produisent pas d’émissions directes, leur empreinte carbone dépendra du mix énergétique national. Au Royaume-Uni, 39 % de l’électricité provenait encore du gaz en 2023, ce qui limite le bilan carbone réel du service. Néanmoins, cette solution offre un levier de réduction des émissions face aux véhicules thermiques et à l’aviation légère.

Perspectives à moyen terme : industrialisation, régulation et adoption
Joby Aviation, avec plus de 1 000 vols d’essai réalisés et une demande de certification déposée auprès de la CAA en 2022, vise une entrée en service dès 2025–2026 au Royaume-Uni. Le Farnborough International Airshow 2024 a permis de renforcer sa visibilité auprès des décideurs publics et opérateurs aéroportuaires.
Le succès du modèle dépendra d’une coopération étroite avec les autorités et d’une acceptation sociale renforcée, notamment dans les zones résidentielles denses. L’évolution du cadre réglementaire européen, à travers l’EASA, et les politiques de subvention aux infrastructures bas-carbone joueront un rôle dans la diffusion du modèle.
Sur le plan industriel, Joby compte produire 500 à 600 appareils par an d’ici 2030, sur son site en Californie, avec des coûts de production unitaires estimés à 1,2 million d’euros, hors maintenance. Si cette production est atteinte, elle permettrait de couvrir plus de 100 lignes régionales au Royaume-Uni, selon les projections internes.
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